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Le créole Haïtien, bien défendu par Sly Toussaint









 Échec de 5 mythes concernant le créole haïtien 
 Le Centre Toussaint de Montréal  a mis à nu  5 conceptions erronées  et discriminatoires du créole haïtien, nourries par des détracteurs  impénitents, lors d’un atelier animé en ligne,  à l‘occasion du Festival  Haïti en Folie  le week-end écoulé. Ces mythes, loin d’être fondateurs, font plutôt  figure de mythes destructeurs.  


A l’aide de théories  linguistiques,  d’exemples concrets et d’illustrations appropriées, les deux animatrices, Sly Toussaint et Carline Jeune, ont, durant une trentaine de minutes, réfuté 5 thèses dévalorisantes à propos du créole  haïtien. Simple, claire, précise et concise, leur présentation peut servir à la fois de rappel, d’instruction ou de motivation pour tous ceux qui sont en contact avec la culture haïtienne ou qui rêvent de la découvrir un jour. Peut-être même, les transformer en  défenseurs d’une culture si riche, qui ne cesse de s’attirer l’attention des plus curieux. 


Le créole haïtien n’est pas une langue 

Ce premier mythe a été battu à plate couture par la fondatrice du Centre Toussaint. Établissant la différence entre une langue, un dialecte et un patois, Sly Toussaint a prouvé  que le créole haïtien  est une langue à part entière. Il existe, selon elle,  plus de  cinquante créoles qui, dans tous les cas, sont  formés  de la combinaison d’une langue européenne et d’une langue native. Cependant, seulement trois d’entre eux, dont celui haïtien, sont arrivés à décrocher, dans leur foyer d’origine, le statut de langue officielle (Haïti, 1987).


Le créole est un français  déformé 
C’est dévalorisant pour une langue si riche, avec une si belle histoire, a déploré Carline Jeune, formatrice au Centre Toussaint, admettant toutefois qu’au niveau de l’orthographe et du vocabulaire, le créole haïtien, à 90 %, est composé de thèmes français. Cela s’explique, selon elle, par le  mélange de la langue des colonisateurs français et celle des esclaves venus d’Afrique. Cependant, argumente-t-elle, le créole haïtien n’a pas subi que l’influence du français. C’est donc un beau mélange d’influences, en ce sens qu’il a des dettes aussi envers l’espagnol, le portugais, l’anglais, la langue des Taïnos (autochtones), etc. En écoutant la langue maternelle des Haïtiens, on n’écoute pas que des mots qui renvoient à la langue de Racine, mais  à bien d’autres langues : mango, dekabès, bokit, anana, moun, alawonnbadè … 


Le créole haïtien se meurt
Un autre mythe battu en brèche par les deux jeunes intellectuelles.  « Parmi tous les créoles qui existent, celui haïtien a le plus grand nombre de locuteurs », a affirmé Sly Toussaint, née au Québec de parents haïtiens, et ayant grandi en Haïti. Déjà dans son foyer d’origine, il est parlé par 11 millions de locuteurs. Aux États-Unis, 975 000 personnes parlent le créole haïtien, contre 500 à 800 000 en République Dominicaine, 300 000 à Cuba, 200 000 au Canada, 125 000 au  Brésil, 105 000 au Chili, 80 000 aux Bahamas et environ 5000 au Mexique. De plus, dans la République étoilée, cette langue est enseignée au niveau universitaire, même dans les centres les plus prestigieux, comme Duke et  Harvard, a-t-elle confirmé. 

En Floride, par exemple, le créole haïtien vient en troisième position parmi les langues les plus parlées  après  l’anglais et l’espagnol, a, par ailleurs, martelé la fondatrice du Centre Toussaint, soulignant qu’à Montréal, des mots créoles comme : fanm, nèg, dlo, vag, moun…arrivent  même à intégrer  le parler français des jeunes. Une telle langue, conclut-elle, ne saurait être sur le point de mourir. Au contraire, elle est en pleine expansion. 

  
Le créole, c’est   facile
Cette quatrième thèse  est une apparence, a prévenu Carline Jeune, d’origine haïtienne. Cette tendance vient du fait que les  francophones croient entendre plus de 50% des mots émis dans un énoncé créole. Cependant, des particularités observées de manière plus profonde, font  tomber ce mythe d’un revers de la main.  D’abord, le type d’alphabet (phonétique) qui ne repose pas sur des lettres, mais sur des phonèmes, c’est-à-dire des sons. Il y a ensuite les voyelles qui fonctionnent autrement ainsi que la transcription, a-t-elle approfondi, sans oublier la place des articles ou déterminants, qui diffère  du français.

 Enfin, il ya le sens des mots à considérer, en raison des multiples influences subi par le créole haïtien. Ainsi, le francophone qui entend l’énoncé créole : « Gade yon chalè! », ne saura pas qu’il s’agit de la chaleur en termes d’une  haute température climatique. Il fera sûrement  référence au sens « signifié » : « chalet », une tout autre réalité. Il en est de même du mot « glas » en créole qui donne « miroir » en français.  Donc, parler du créole  haïtien comme une langue super facile, c’est une pure illusion, selon Carline Jeune, qui propose un petit, mais gros exercice à quiconque croit comprendre cette langue par le simple fait de pouvoir en distinguer quelques phonèmes renvoyant à des mots français :  lire un texte totalement en créole. 


Le créole haïtien, cela  ne sert à rien 
Sly Toussaint rétorque en présentant l’apprentissage du créole haïtien comme une démarche bénéfique à plusieurs niveaux. Elle dévoile, en ce sens, les  différentes catégories constituant la clientèle du Centre Toussaint : D’abord, des personnes d’origine haïtienne, qui désirent mieux connaître la culture de leurs parents et de leurs ancêtres. Cela leur permet également d’apprendre à leurs enfants à communiquer avec leurs grands-parents.  Ensuite, des métisses ou des gens en couple avec des personnes d’origine haïtienne. Apprendre le créole haïtien leur offre la possibilité d’intégrer la culture de leurs  partenaires. Enfin, des personnes adoptées ou qui aiment voyager. Cela leur permet d’avoir un accès  privilégié à la culture haïtienne. Et pour les fans du compas direct qui devient de plus en plus populaire au niveau mondial, ils pourront mieux comprendre les paroles sur lesquelles ils dansent, conclut Mme Toussaint.


Le Centre Toussaint a été fondé par Sly Toussaint, il y a 3 ans. Sa mission est de promouvoir les cultures afro et haïtienne, en offrant des cours (le créole haïtien, entre autres) et des activités à Montréal et en ligne  qui favorisent l’épanouissement de la personne. 

Lucmane Vieux
lucmanov@yahoo.fr
Montréal  

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